Genre et traduction

Cynthia Kraus, Université de Lausanne

Trois objets principaux seront examinés lors de cette séance. Tout d’abord la/les traductions de «gender» ou la question de savoir comment traduire ce concept anglo-américain et les idées qu’il véhicule. On reviendra ici sur certains choix effectués dans notre traduction de Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité (Paris: La Découverte/ édition de poche, 2006 [2005]) de Judith Butler, afin d’éclairer les enjeux liés à la circulation transatlantique de ces idées féministes. On abordera ensuite le genre comme un concept « traducteur » et le genre comme un concept déjà lui-même « traduit ». En effet, recourir au genre vise à effectuer un certain type de traduction conceptuelle à partir d’un geste fondateur : s’écarter d’une conception purement biologique du sexe. On donnera ici des exemples de ce genre de traductions « contre nature » tirés à la fois des théories féministes (dont la théorie de la performativité du genre de Butler, entre autres) et de la théorie clinique du genre comme concept distinct du sexe, qui fut développée par John Money et ses collègues dans l’Amérique des années 1950. Il s’agira ici de délier les deux conceptions – féministes vs. cliniques – qui se trouvent parfois rabattues l’une sur l’autre dans un backlash théorique et politique contre le féminisme et les mouvements alliés, et les sciences humaines et sociales. Ce faisant, on verra que le concept féministe et le concept clinique de genre sont tous deux – quoique dans des sens très différents – les produits d’une (série de) traduction(s) conceptuelle(s), autrement dit qu’ils sont déjà eux-mêmes des concepts traduits et non seulement « traducteurs » ou « à traduire ».

Lundi 9 février 2015 – 17h30-19h30

Université Paris Diderot

Bâtiment Olympe de Gouges – Salle 101