Appel à articles Revue française de socio-économie

Economies de la sexualité : travail, marché, valeur 

Au cours des dernières décennies, les sciences sociales de la sexualité se sont emparées de catégories issues de l’économie. Elles ont par exemple envisagé la prostitution et la pornographie comme des activités productives, faisant l’objet d’évaluations économiques, donnant lieu à des formes de valorisation monétaire et mobilisant une force de travail dotée de capitaux spécifiques. De la même manière, de nombreux travaux en anthropologie ou au croisement de la sociologie et de l’économie se sont intéressés à la dimension intrinsèquement économique du mariage et de la conjugalité, l’inscrivant dans un système d’échanges matériels et sexuels au sein duquel des hommes et des femmes échangent à la fois des désirs, des sentiments et de l’argent. Certain.e.s auteur.e.s ont également envisagé les échanges économico-sexuels comme un continuum borné d’un côté par la prostitution et, de l’autre, par le mariage. C’est dans le cadre de ces travaux que furent forgées des notions telles que « capital érotique », « marché matrimonial » ou « industrie du sexe ».

Bien que stimulantes, ces notions s’apparentent souvent davantage à des métaphores plus ou moins bien contrôlées qu’à des concepts aux définitions robustes. Un tel constat est à rapporter au faible nombre de travaux de sociologie économique ou d’économie institutionnaliste sur le thème. Plus généralement, en dépit de la place centrale qu’occupe la sexualité dans le fonctionnement des sociétés capitalistes contemporaines et du poids économique de ces activités – d’ailleurs rarement comptabilisées dans le produit intérieur brut –, l’économie de la sexualité est encore aujourd’hui un objet d’étude bénéficiant d’une faible légitimité académique. A cela s’ajoute que, sous l’influence de catégories profanes souvent peu problématisées, nombreuses sont les recherches implicitement saturées de jugements moraux autour du caractère corrupteur de l’argent en matière de sexualité. Or, si certains échanges économico-sexuels mettent à l’œuvre un processus de marchandisation des corps, il serait réducteur de les considérer d’emblée comme des activités fonctionnant comme des « marchés ». Les mécanismes de régulation par l’offre et la demande ne constituent en effet que l’une des facettes d’un ensemble plus large de pratiques où les frontières entre dons, échanges marchands et non marchands apparaissent poreuses et souvent difficiles à délimiter.

Les propositions d’articles pourront appréhender leur objet à travers trois axes différents : le travail, le marché et la valeur.

Le premier axe propose d’envisager les activités liées à la sexualité sous l’angle du travail. Au-delà d’une interrogation plus globale sur la pertinence d’utiliser la catégorie « travail », il serait heuristique de conduire une réflexion sur les acteurs individuels et collectifs qui contribuent aux dynamiques de professionnalisation et de syndicalisation d’activités qui peinent souvent à être reconnues par le droit. Cette question prend un sens particulier dans un contexte de développement de nouvelles technologies et, plus spécifiquement, de plateformes numériques modifiant les frontières du salariat et de l’indépendance. La notion de travail interroge aussi les frontières entre les sphères publiques et privées.

Le deuxième axe propose d’envisager les activités économico-sexuelles à travers le prisme du marché. Si l’on peut considérer certaines activités sexuelles (prostitution, sites internet de rencontre, production de contenus pornographiques, sex shops, etc.) à partir des catégories marchandes, les tensions et les formes de contestation politique et morale dont elles font fréquemment l’objet invitent à prendre certaines précautions. Plutôt que de considérer d’emblée les formes empiriquement observables à l’aune du modèle du marché de libre concurrence, il nous semble plus pertinent d’analyser les pratiques sexuelles faisant l’objet d’une rémunération par le biais des dispositifs et des acteurs qui contribuent à leur donner naissance et à les stabiliser ou qui, a contrario, échouent à leur donner une existence légale. On peut également questionner la manière dont les nouvelles technologies de l’information et de la communication façonnent les marchés de la sexualité : les plateformes du web ont clairement contribué à transformer les mécanismes d’appariement et la nature des services proposés. Pour autant, assiste-t-on à une transformation des hiérarchies sociales, des logiques de classement et des modes de domination à l’œuvre dans les échanges économico-sexuels ?

Le troisième axe propose d’envisager les marchandises et services liés à la sexualité sous l’angle de la valeur, et en premier lieu à travers l’étude des processus d’évaluation et de valorisation impliquant les personnes liées au commerce du sexe – que ce soit en tant que producteurs de services (escorts, prostituées, live cam models, etc.) ou d’intermédiaires (gestionnaires de sites web, propriétaires de peepshows, proxénètes, etc.). La manière dont ces acteurs établissent des grilles tarifaires, échafaudent des logiques de captation des clients, produisent des récits basés sur les fantasmes pour enrichir les marchandises commercialisées ou tentent de se distinguer de la concurrence en renouvelant les services proposés sont autant de processus de valuation riches d’enseignements pour la sociologie économique et la socio-économie. Le travail métrologique et les pratiques de comptabilité au cœur de l’activité judiciaire constituent également une perspective de recherche intéressante en ce qu’ils interrogent la morale économique de l’Etat : quels moyens les instances judiciaires mettent-elles en œuvre pour faire les comptes de la sexualité et quels sont les critères pris en compte pour établir le niveau d’indemnisation des personnes victimes de traite ou d’abus sexuels ?

Date limite d’envoi des textes : 15 mars 2018.

Les articles, d’une longueur maximale de 60 000 signes (espaces et notes de bas de page compris), doivent parvenir par voie électronique à : rf-socioeconomie@univ-lille1.fr. Ils doivent impérativement être présentés selon les normes éditoriales de la revue (cf. rubrique Soumettre un article : http://rfse.univ-lille1.fr/fr/soumettre-un-article).

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XXXVIII Sunbelt Conference 2018, June 26-July 1, 2018 in Utrecht, The Netherlands.

 

 

CALL FOR ABSTRACTS

The effect of women’s workplace networks on their chances of obtaining positions of authority

Women continue to be underrepresented in positions of organizational authority globally. Existing evidence shows that employee characteristics and macro factors far from account for the whole picture, suggesting that the most promising explanations may lie in the workplace itself. One potential explanation that has been understudied is women’s networks at the workplace. Workplace networks can be beneficial for one’s career, but also dysfunctional when they lead to exclusion from attractive positions. In this session, we invite both substantive and methodological contributions concerning the effect of women’s workplace networks on their chances of obtaining positions of authority. What kind of networks facilitate women’s inroads to authority positions? Is it the case that women have to be sponsored by men in their networks at work to obtain authority, as found in Burt’s (1995) famous single case study? We welcome contributions from different paradigms and disciplines, including sociology, organizational science, and economics.

The CfP of the 2018 European Feminist Research Conference is out.

Organised by ATGENDER with Fachgesellschaft Geschlechterstudien and Georg-August-Universität Göttingen, it will take place on September 12-15 in Göttingen, DE.

Its theme will be ‘Difference, Diversity, Diffraction: Confronting Hegemonies and Dispossessions’.

We welcome proposals for oral & poster presentations and panels, as part of one of the 11 streams. Additionally, events in the Open Forum format (workshops, working group meetings, book presentations…) are also invited.

You can submit your proposal before February 12, 2018.

Call for Applications

The topic of the 12th postgraduate course Feminisms in a Transnational Perspective: Fear, Resistance, Imagination was prompted by the escalation of the global culture of “horrorism”, hate, and militarism connected with the stagnation of the liberal project and a weakened “West.” A plethora of contemporary fears has emerged to mask the destructive consequences of late capitalism and to facilitate the state surveillance of citizens. This is not new, however: fear-mongering, intimidation, awe and submission as social and political strategies have been cultivated for centuries to maintain socio-political hierarchies, religious obedience and reproductive heteronormativity, as well as to sustain a sense of powerlessness, dependence and docility of oppressed social groups.

These circumstances offer many openings for feminist readings of the conjunction of historical contexts, political conditions, cultural frames and gender regimes through which specific fears have been ignited, shaped, symbolized, distributed, and sustained. Contrary to the prolific “neuroimagery” of fear as a universal, ahistorical and non-cultural affect, feminist theorists have argued that emotions are cultural practices not psychological states. They have revealed clusters of affective politics, cultural climates, state and popular ideologies, embodied cognitions, national rhetorics, propaganda wars, etc., that induce a strong emotional response of individuals and groups, and diminish or suppress their critical assessment of the situation, “dangerous others”, and “threats”.

Feminist pedagogy as oriented towards personal and collective empowerment, transformative knowledge, social understanding, activism, the development of critical thinking, and re-imagining of a just society is still our most effective means of resistance against the politics and culture of fear nurtured at the heart of the liberal academia. We therefore invite feminist scholars, researchers, activists, artists and others to reflect on fear as a constantly changing phenomenon at the meeting point of lived, cultural, ideological, economic and communicative practices, as well as to investigate the agencies and strategies of those  who oppose fear with the power of bonding, imagination, vision and courageous acts. We welcome proposals for papers, but we are also open to proposals for round tables, performance-lectures or other alternative formats and methodologies of sharing knowledge. Proposals may consider some of the following issues:

–              social norms, cultural patterns, life scripts and intimacies as constructed by gender-related fears and anxieties

–              gendered figures and (collective) fears

–              fears of gendered difference and/or difference encountered by variously gendered subject positions

–              fears of intimate citizenship (related to rights, obligations, recognitions and respect around most intimate spheres of life) vs. fears of lacking the fundamental requisites of citizenship in terms of rights, equality and redistribution

–              gendered fears of social exclusion, marginalization, invisibility vs. fears of being too exposed and unprotected in public realms and digital networks

–              fears of gender binarism, sexual normativity, queer identities

–              conservative fears of “gender ideology”

–              intimidation, surveillance, and governance put in place in the name of protection

–              articulations of gender and fear with landscapes and technologies of surveillance

–              correlation between discourses praising (national) security and privileges, and the paranoid and anxious rhetoric in politics

–              initiatives that explicitly mobilize gendered narratives of resistance to fear or of overcoming gendered bases of fear

–              gender and popular cultures of fear

 

Course co-directors:

Renata Jambrešić Kirin, Institute of Ethnology and Folklore Research, Zagreb, Croatia, renata@ief.hr

Lada Čale Feldman, Faculty of Humanities and Social Sciences, University of Zagreb, Croatia, lcfeldma@ffzg.hr

Francesca Maria Gabrielli, Faculty of Humanities and Social Sciences, University of Zagreb, Croatia, fmgabrie@ffzg.hr

Silvana Carotenuto, Università degli studi di Napoli “L’Orientale”, Italy, silcarot@gmail.com

Elissa Helms, Central European University, Budapest, Hungary, Helmse@ceu.edu

Sandra Prlenda, Centre for Women’s Studies, Zagreb, Croatia, sandra.prlenda@zenstud.hr

Durre Ahmed, Centre for the Study of Gender and Culture, Lahore, Pakistan, durresahmed@gmail.com

 

Eligibility:

IUC courses are conducted at postgraduate level. All interested postgraduate students may apply to participate, although the course targets young scholars and postgraduate students with a defined interest in women’s/gender studies, transnational studies, philosophy, sociology, literary and cultural studies, postcolonialism, or anthropology. The course will be limited to 25 participants (15 students) in order to provide sufficient space for discussion, seminar work and student presentations. Participants must seek funding from their own institutions for the costs of travel, lodging and meals. Limited financial support is available for participants from parts of Eastern Europe and some third countries (please see http://www.iuc.hr/iuc-support.php). The IUC requires a payment of 50 EUR for the Course fee. The working language of the course is English.

Application Procedure:

Please submit a proposal consisting of a short narrative describing your interest in the topic and your CV. Place all current contact information at the top of your CV. Send submissions by e-mail to fmgabrie@ffzg.hr (Francesca Maria Gabrielli) and international@zenstud.hr. Use the subject: IUC Dubrovnik 2018. The proposal deadline is January, 25th, 2018.

 

Le vendredi 8 décembre 2017, de 16h à 18h,  Cégolène Frisque (MCF, Université de Rennes 1, CRAPE-Arènes) parlera des « Rapports à la précarité et trajectoires genrées chez les journalistes en situation instable » dans le cadre du séminaire Genre, Médias et Communication organisé par l’équipe EPIN du laboratoire COSTECH (UTC) et le laboratoire IRMECCEN (Sorbonne Nouvelle).
Rapports à la précarité et trajectoires genrées chez les journalistes en situation instable

Au delà de la pige traditionnelle, régulée et protégée, les formes d’emploi instables se sont multipliées dans le journalisme (contrat à durée déterminée, contrats aidés ou en alternance, stages, paiement en droits d’auteur ou en factures d’autoentrepreneur…), malgré leur faible visibilité publique due à l’usage courant des données de la commission de la carte de presse. Ces contrats et modes de rémunération flexibles renvoient à des formes de précarité croissantes, qualitativement et quantitativement, mais sont vécues subjectivement de manière différenciée selon les étapes du cycle de vie et le genre. Cela dessine ainsi des rapports diversifiés à la précarité, qui comportent une forte dimension genrée. Ils peuvent être appréhendés à travers l’analyse genrée des processus d’entrée dans le journalisme instable, de maintien et de sortie de la profession.
 
Présentation des objectifs du séminaire :

Le séminaire Genre, médias et  communication présente une série de travaux s’attachant à la question du genre dans la communication et les  médias. Des dispositifs d’écriture numérique aux représentations médiatiques en passant par les discours institutionnels, le genre est l’un des rapports sociaux qui organise le monde social et les pratiques au même titre que la classe sociale ou la catégorisation ethnoraciale. Aussi ce séminaire se propose-t-il d’ouvrir un espace de discussion autour des dimensions identitaires et performatives du genre, des modèles de masculinité et de féminité promus et négociés dans les médias et de la sexuation des usages médiatiques. L’objectif est de décrypter les modalités de la représentation et de l’expression du genre, à travers l’analyse des modes de catégorisation, des performances et des traces (ou de l’absence de traces) corporelles dans différents dispositifs médiatiques (web, presse, télévision, cinéma). Deux dimensions connexes seront abordées lors des séances. Avec la médiatisation des controverses sur le mariage pour tous, la parentalité, la parité ou encore le port du voile à l’école se dessine une articulation du genre avec les variables de la sexualité, de la race, de la religion, etc., qu’il nous paraît nécessaire d’explorer. Par ailleurs, il nous semble pertinent d’appréhender les modalités de représentation et les formes d’expression du genre selon les différents médias, reposant sur des dispositifs de médiation qui n’accordent pas la même place à la corporalité. L’attention sera également portée aux outils et méthodes spécifiques à l’analyse du genre dans les médias (analyse linguistique, analyse de discours, analyse sémiotique, analyse sociologique des représentations). Seront privilégiées les approches qui convoquent les sciences de l’information et de la communication ainsi que les disciplines voisines (histoire, cultural studies, sociologie, sciences politiques, psychologie).